Franck BOISSIER

Conseiller municipal délégué de Montreuil-sous-bois

Pour une gauche radicale et concrète

Election partielle (Corbeil Essonnes), leçon générale

Le journal Politis paru ce jeudi 23 décembre, un numéro double spécial fin d’année, accueille une tribune que François Delapierre, délégué général du Parti de Gauche, a rédigée sur le sens de l’élection partielle de Corbeil-Essonnes et sur les leçons que nous devons en tirer si nous ne voulons pas connaître les mêmes déboires aux prochaines élections gouvernementales de 2012. Je reproduis son analyse ici à la suite de ce billet.

ÉLECTION PARTIELLE, LEÇON GÉNÉRALE

La lourde défaite de la gauche à Corbeil-Essonnes, dimanche 12 décembre, rappelle la fin d’un monde politique qui, tel un reflet qui ne veut pas s’effacer, sert pourtant d’arrière-plan à bien des « grands stratèges » de gauche.

Un an seulement sépare cette partielle de la municipale invalidée de 2009. Au cours de cette année, la droite a vu un immense mouvement social contester sa réforme des retraites. Or, si elle ne l’avait emporté que de 27 voix au second tour de 2009, elle a cette fois plus de 700 voix d’avance. En un an, la gauche a perdu 625 voix, 15% de ses électeurs. Quelle claque !

Beaucoup pensaient la victoire garantie par le rassemblement de la gauche sur une même liste dès le premier tour après 15 années de division. Mais ce large rassemblement « de la gauche et des démocrates », élargi au second tour à une ancienne adjointe Modem, a accouché d’un discours rétréci et d’une campagne très modérée avec Huchon et Valls en têtes de gondole. Le besoin criant d’une alternative profonde dans cette ville ravagée par le chômage et la ségrégation urbaine a été réduit à l’éviction de Dassault, pour que « Corbeil redevienne une ville normale ».

Cette stratégie désastreuse est justement celle de la « gauche solidaire » promue par le PS pour 2012. Fondée sur l’idée que l’on forme une majorité en additionnant des cheptels électoraux, elle vise à juxtaposer des soutiens toujours plus disparates autour d’un contenu politique toujours plus mince. Le rejet de Sarkozy serait son seul ciment. C’est méconnaître un fait décisif. Le peuple de gauche ne se présente plus en tribus sociologiquement distinctes et politiquement constituées prêtes à se rassembler à l’appel de leurs chefs. Finie l’époque où l’on pouvait prétendre construire le « front de classe » en regroupant le PCF ouvrier, le PS des professeurs, techniciens et cadres et le PRG expression des petits commerçants ou la gauche plurielle en y ajoutant les Verts porte-parole des « bobos ». Les partis de gauche ont vécu sur l’acquis de leurs ainés, laissant dépérir leur lien aux profondeurs sociales du pays. Un gouffre sépare maintenant l’archipel des exploités de la représentation politique. Une majorité du peuple ne se sent plus représentée, l’abstention se diffuse et s’enracine. Déjà la signification des spécificités partisanes est devenue indiscernable. Même le vieux rocher gauche a commencé d’être englouti. Nous sommes sur la pente de nos camarades d’Amérique du Sud qui disent : nous sommes de gauche, nous le savons bien, mais nous ne pouvons plus utiliser ce mot car ici la gauche a été aussi cruelle que la droite avec le peuple.

Le Front national est le grand bénéficiaire de ce brouillage. Lui-même conteste le clivage gauche-droite. Hélas ses adversaires l’y ont souvent aidé. La liste de leurs coups de main est longue : Front Républicain, absence de toute critique sociale du programme du FN par la gauche démocrate (qui met justement la question sociale au second plan), dénonciation du fascisme du FN remplacée par celle de son « populisme », réalisant le double exploit d’en faire le parti du peuple et de proclamer l’indignité politique de ce dernier. Une fois miné le lien entre la gauche politique et les travailleurs, le FN peut, comme tous les fascismes avant lui, supplanter le lien de classe par le lien du sang. « Peuple national » contre « peuple populaire ». On ne fera donc pas reculer le FN en rassemblant la gauche autour d’un filet d’eau tiède mais en reconstruisant politiquement le peuple par la conscience renouvelée des intérêts de classe qui le rassemblent. Il faut donc parler de et pour ce peuple moqué et réprouvé, celui des citoyens dont la souveraineté est niée par le capitalisme financier mondialisé, celui des travailleurs promis à une même précarité par-delà la diversité organisée de leurs statuts. Et il faut l’appeler au combat contre les puissants de ce monde plutôt que contre l’arabe du coin. Voilà le vrai sens du prétendu « populisme » reproché au Parti de Gauche.

François Delapierre
Blog : françoisdelapierre.fr

Catégorie : Général
  • NESTOR a dit :

    D’abord quelques chiffres: Bechter n’a été élu que par 24,5% d’électeurs, la gauche receuillant 21% et quelques. Cela veut dire que les Corbeillois n’ont pas été voter. Ils n’ont pas voulu voter une 3° fois en 3 ans! Il aurait peut-être fallut sonder les habitants avant de faire un recours. Mais Mrs Da Silva (PS) et Picard (Verts) l’ont fait rapidement sans concertation avec l’autre liste de gauche. Donc 1ère raison: lassitude des électeurs 2ème raison: résignation devant le système Dassault que la justice ne veut pas éradiquer. 3ème raison: Ce système Dassault a encore marché à fond: embauche de 80 jeunes en CAE 6 mois avant les élections, encore des promesses pour ces mêmes jeunes des quartiers et leurs familles, aide financière à la mosquée, à l’église, repas des anciens payés sur l’argent personnel de Dassault… Dans quelle autre ville de France un maire ou ses adjoints peuvent distribuer de l’argent sans qu’il y ait des enquêtes judiciaires? C’est pourquoi Mr DELAPIERRE je ne comprends pas bien votre analyse, qui n’en est pas une d’ailleurs. Qu’aurait-il fallut faire? Ne pas s’allier avec le PS et les Verts pour avoir une ligne politique de gauche plus claire? Et faire un rabibochage entre les deux tours qui n’auraient pas convaincus les électeurs? En 2009, malgré en score plus flatteur, la gauche aurait été en échec à la mairie tant la méfiance et la mésentente était de mise entre le PS, le PC et alliés et les Verts. Au moins en 2010, l’alliance s’est faite avant et la répartition des postes et des fonctions était faite, l’équipe n’avait plus qu’a travailler au service des corbeil-essonnois. Evidemment le programme et le discours était peut-être moins de gauche, alliance oblige, mais quand même très concret sur les problématiques de Corbeil et ses habitants. Alors Mr DELAPIERRE qu’aurait-il fallut faire? Votre propos ne dis rien là-dessus. C’est facile de Paris de tenir un discours une fois la défaite acquise. Si vous veniez un peu par ici, vous verriez un peu les petits caîds, la violence, les pressions, nous ne sommes plus en démocratie à Corbeil, puisque tout s’achète. Que la gauche et Mr PIRIOU ait fait des erreurs c’est possible mais il y a une chose dont je suis sûr, c’est que cette année quelque soit la tête de liste, le programme, la composition de la liste,la gauche aurait perdue. Evidemment avant le 1er tour nous espérions tous et la douche fut très froide. Si vous aviez prédit une défaite avant le 1er tour en proposant des solutions peut-être vous auriez été plus crédible. C’est facile de tirer sur l’ambulance. Il faut aussi respecter et remercier tous les militants qui se sont donnés à fond et y ont crus. Malheureusement il y a un désintérêt chez les électeurs, alors il y a deux solutions: Crucifier Bruno PIRIOU et se taper dessus à gauche, les électeurs apprécieront. Ou continuer le travail de terrain, associer les habitants et essayer de maintenir l’union à gauche en conservant un projet et des idées de gauche. En attendant que le système DASSAULT implose de lui-même. Ah j’oubliais Mr DELAPIERRE: Le MODEM n’a fait ni union ni fusion avec la gauche pusiqu’il ne présentait pas de liste. Sa représentante a appellé au 2ème tour à voter à gauche contre le système DASSAULT. C’est son choix libre. Bref Mr DELAPIERRE, vous êtes le bienvenu à Corbeil pour apporter votre science dont je n’ai pas saisi la teneur dans votre article. Amitiés.

  • Polux a dit :

    Trés bon texte. Il est donc clair comme de l’eau de roche que le manque de politisation des citoyens de Corbeil est en parti en cause. Ce manque flagrant aurait bien sur pu se faire en créant les conditions pour que le peuple s’émancipe par de l’éducation populaire. Les partis de gauche depuis au moins 15 ans ne forment plus, ne politisent plus. La politique à Corbeil s’en est réduit à la seule opposition de Dassault et de « son système », réduisant toute construction d’un vrai programme politique.

    Nestor, vous n’avez apparement pas suivi la campagne de Corbeil et la politique sur la ville. François DELAPIERRE connaît bien Corbeil, il est venu plusieurs fois militer dans cette les quartiers populaires ou débattre avec la population lors de réunions publiques.

  • Nestor a dit :

    Effectivement, n’étant ni au parti de gauche, ni encarté ailleurs je n’ai pas suivi Mr DELAPIERRE à la trace, même si j’ai été plusieurs fois à la Bourse du travail et à la Maison des Sports…peu importe, mais je réitère mon propos: constater la dépolitisation, l’absentention on est tous d’accord, cela ne date pas d’hier, de 15 ans, mais de l’arrivée de Mitterand et de la gauche au pouvoir et les désillusions dès 1983. Depuis qu’à fait la gauche pour regagner la confiance des classes populaires? Des promesses et une gestion du capitalisme une fois élus comme leurs copains de droite. Alors parler « d’éducation populaire » c’est gentil mais on préférerait des actes. Les gens ne sont pas bêtes, ils n’ont pas besoin d’être éduqués ou rééduqués, ils ont juste la mémoire des trahisons de la gauche. Quel que soit leur niveau de politisation, ils savent lutter quand il faut lutter. Mais pour les élections, ils n’ont pas forcément confiance dans des partis non démocratiques, nombrilistes, qui s’allient, se font la guerre, la bise, qui restent entre militants, ne sont pas ouverts…chaque parti fait sa pub et croit détenir la vérité! Pour ce qui est d’être intégré dans une campagne mon cher Polux, j’ai laissé par deux fois en 2009 et en 2010 mon nom et mon téléphone, je n’ai jamais été rappellé. Je me souviens même m’être inscrit dans une commission logement de la Villensemble en 2009. J’attends toujours! Alors vos beaux discours c’est bien, on attend donc que le PG crée son « Ã©ducation populaire ». Faire de l’élection partielle de Corbeil une analyse nationale pour 2012, c’est osé et suspect Mr DELAPIERRE, vous ne pensez donc qu’à la candidature de Jean-Luc MELENCHON? Au fait Mr DELAPIERRE et Mr POLUX qui connaissaient si bien Corbeil, ses quartiers, ses jeunes, mis à part l’éducation populaire, ont fait comment pour 2014? avec qui? vous pensez convaincre Mr DA SILVA d’être vraiment de gauche? Ou battre la droite seuls? Le PG seul puisque le PC n’est pas fiable? Ne pas dénoncer le système DASSAULT avec tout ce qu’il influence et pourrit sur Corbeil? C’est un peu naif. Mais ni la campagne (regardez la video) ni le programme 2010 ne focalisent que sur DASSAULT; qu’est-ce qui vous semble rétréci, pas de gauche, qu’est-ce qui manque Mr DELAPIERRE dans le programme municipal? Excusez-moi je suis un peu ignorant, je n’ai rien suivi; J’espère que votre tout nouveau parti ne s’arrêtera pas en 2012, juste après la Présidentielle, il est tellement plein de gens intelligents qui vont ressuciter la vraie gauche. Nous nous sommes tellement fait bernés, veuillez excusez l’effronterie d’un petit salarié qui croit toujours à la révolte ouvrière, mais pas forcément dans les urnes. Amitiés.

  • Mohamed CHABBI a dit :

    C’était une belle campagne malgré quelques erreurs d’appréciations .La conclusion que l’on en tire : il faut redessiner une autre carte politique élargie aux républicains et se débarrasser des chapelles de gauche.Il nous faut une et une seule liste de gauche.Tout le monde a fait des erreurs il n’y a pas que Piriou ce dernier avait tout de même à gérer les demandes en premier lieu du PS et des VERTS et celles du PUR,PG,Villensemble et ce n’était pas une partie de plaisir! Je suis d’accord avec Nestor quand il écrit: »continuer le travail de terrain, associer les habitants et essayer de maintenir l’union à gauche en conservant un projet et des idées de gauche. En attendant que le système DASSAULT implose de lui-même ».Nous avons pris le parti de continuer le travail et de préparer le terrain pour les prochaines échéances mais nous sommes aussi l’opposition au conseil municipal avec nos 10 conseillers qui doivent avec notre aide combattre les mensonges de Dassault/Bechter.Pensons aux cantonnales!

  • little91 a dit :

    bjr nuance sur les corbeillois qui votent pas je suis des corbeillois qui ont connu la vraie gauche a corbeil puisque j y suis ne et que y vis depuis 63a ceux qui ne se cont pas deplaces voter pour plus de 30% SONT LES ELECTEURS D UNE VRAIE GAUCHE ET QUI NE VEULENT PAS D ARRIVISTES LIBERAUX SOCIALISTE ET DE VERTS QUI PENSENT QU EN PLANTANT DES ARBRES ONT VA REDUIRE LE CHOMAGE ET LA MISERE J APPELLERAIS CELA DE L UTOPIE ECOLOBIQUE quand a da silva la marionette de vals arriviste au combien QUI se fout de corbeil ce qu il fait c est pleurer avec vals quand on fait de l anti sarkozisme je le redis les verts le ps ne sont plus des parTis pour defendre le peuple dans la misere avant c etait la gauche plurielle maintenant c est la gauche plus rien D AILLEURS Mr MELANCHON L A DIT LA GAUCHE EST AU FOND DU TROU

  • anne a dit :

    Nestor, vous parlez « devant le système Dassault que la justice ne veut pas éradiquer ». Peut-être que la justice ne « peut » pas l’éradiquer, malgré les décisions remarquables prises par le Conseil d’Etat. Voir à ce sujet l’article paru le 29 décembre sur Médiapart qui commence ainsi: »Pourquoi la corruption ne gêne pas les électeurs: Lors de la récente élection municipale de Corbeil-Essonnes, la victoire de l’équipe sortante, qui avait été invalidée pour fraude, est venue confirmer à quel point les règles politiques pratiques s’avèrent souvent plus puissantes que les principes de la morale démocratique et même, parfois, que les normes de droit. Comment comprendre autrement la remarque en forme d’aveu d’impuissance formulée par la sociologue Dominique Schnapper dans son livre d’observation-participation au sein du Conseil Constitutionnel dont elle fut neuf ans membre: «A quoi bon annuler une élection, avancent les conseillers, lorsque le candidat invalidé va être triomphalement réélu?». C’est l’une des énigmes démocratiques classiques qui s’est trouvée ainsi de nouveau soulignée dans le fief de Serge Dassault: alors qu’interrogés par sondages les citoyens se déclarent de plus en plus persuadés d’un haut niveau de corruption de leurs élus et dirigeants politiques, et confient leur ferme réprobation, ces mêmes citoyens n’en tiennent que très rarement rigueur devant les urnes. » Si les électeurs ne sont pas venus voter, ce n’est pas par lassitude, mais parce qu’ils ne voulaient ni de Bechter/Dassault (qu’ils méprisent), ni des communistes. Certains nous ont dit qu’ils en avaient surtout marre des magouilles, et qu’ils aimeraient bien que cela s’arrête.

  • filou91 a dit :

    Bonjour,

    Les gens ont peur du communisme et SD l’a très bien compris en sortant par 3 fois ses petits papiers rouges. Le communisme à lui seul n’explique malgré tout pas cette cinglante défaite. Beaucoup de gens de gauche ne vont pas voter, certains parce que Bruno est Communiste, d’autres parce que Carlos est un arriviste. Résultat JPB/SD passent haut la main malgré des magouilles avérées ou l’image de Corbeil est altéré (voir envoyé spécial de la semaine dernière ou il est fait référence au système Dassault, ou notre ami Bayles s’y montre sous son meilleur jour hypocrite !). Merci à Jacques Picard sur le travail qu’il a mené sur les magouilles de la société de gardiennage que SD a fait vivre largement sur les deniers de la ville.

    Il y a beaucoup de choses à changer à gauche dans la manière de mener une campagne électorale. Si les leaders écoutent poliment les gens, ils restent sur leurs positions. Ils écoutent sans entendre et c’est bien cela le drame.

    Le signe « indien » du jamais 2 sans 3 est passé, maintenant il faut passer au rythme supérieur organisé !

    Je ne taperai ni sur les uns, ni sur les autres car l’échec est collectif mais il y a beaucoup de changement à faire. Espérons que nos leaders de gauche seront être à l’écoute et mettront en application les suggestions des Corbeillois. Sinon, ils resteront longtemps dans l’opposition comme l’a fait SD avec Combrisson !!

    Filou91

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